Une lecture de 14

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L’auteur dit avoir bûché son sujet, beaucoup lu : JüngerChevallier… On lui en sait gré et la précision factuelle de son roman ne nous détrompe pas. On trouve tout dans le 14 de Jean Echenoz ; il maîtrise son sujet dans le détail, très précis sans être ennuyeux, on vit la guerre dans son intégralité durant 124 pages. C’est un tour de force dont l’efficacité réside dans une écriture clinique dénuée d’empathie, presque une écriture d’entomologiste, celle d’Orage d’acier, mais en plus ramassée ; l’avantage de la distance face aux évènements.

L’ironie de l’auteur nous rappelle, si besoin, l’absurdité de la guerre, du commandement distribuant de l’alcool et faisant passer l’ivresse pour du courage, des ordres, des marches sans fin, des fournitures couleur vive ou brillante, et enfin des tranchées : « sanglante barrière toujours renouvelée »*.

Dans ces conditions, pour en revenir, la bravoure au combat compte moins que la chance : rien ne vaut une bonne blessure. Face au déluge d’obus et de balles, il n’y a rien à espérer ; cependant, ceux qui en reviennent seront décorés d’une médaille nouvellement créée : la croix de guerre, pour leur « conduite exceptionnelle ».

14 est un livre juste qu’on fera certainement lire aux écoliers, mais qui néanmoins laisse en chemin une part d’émotion et l’on tremble à l’idée que bientôt (malgré le déluge d’évènements prévus les prochaines années) : « la mort de [ces] millions d’inconnus nous chatouille à peine et presque moins désagréablement qu’un courant d’air »*.

G.V.

ProustLe temps retrouvé

Image : dessin de Marcel Capy (1916).

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4 commentaires pour Une lecture de 14

  1. NNV dit :

    évènements –> événements
    n’y à rien à espérer –> il n’y a rien…
    La couverture est belle. Pas un mot là-dessus ?
    Enfin, on ne peut pas vivre dans le passé, pensons à vivre au présent, puisque de toute façon, ces morts sont morts. Et pour le présent, je vais essayer de me procurer ce livre.

  2. Naturalibus dit :

    Sympathique papier, à l’image de son auteur. Presque une écriture d’entomologiste en effet. Ce style détaché, froid, disons clinique surprend mais fonctionne particulièrement bien avec « 14 »: les soldats tombent comme des mouches et l’auteur paraît regarder ailleurs, absorbé par d’autres préoccupations. Livre intéressant qui a le mérite de ne pas prolonger le plaisir au-delà de 120 pages (voilà qui doit plaire à l’ami Déon).

  3. LB dit :

    Pour parler franchement, je n’ai pas aimé « 14 ». Certes, il y a un style intéressant (quoique l’emploi du passé composé et du conditionnel deviennent, à la longue, fort pénibles) et beaucoup d’éléments qui, comme le dit GV, attestent que l’auteur a « bûché son sujet ». Mais précisément ces détails, en donnant l’impression d’une savante reconstitution façon docu-fiction, sonnent faux : modèle de l’avion (qui en 17 sera équipé d’une mitrailleuse), modèles des armes des gendarmes, contenu exhaustif du sac du soldat, titre du livre qui traîne dans un coin (et qui, clin d’œil, a triomphé de « Du côté de chez Swann » au Goncourt alors que plus personne n’en connaît l’auteur), etc.
    Quant à l’histoire en elle-même, elle réunit tous les clichés sur la première guerre mondiale : cinq soldats d’un même village dont pas un ne reviendra indemne, une femme qui en aime un et peut-être l’autre aussi (à la manière ridicule de tant de films de guerre), un procès pour désertion (alors que le type n’a même pas voulu déserter, évidemment), l’incompréhension du soldat devant le gigantisme du conflit, la « bonne blessure », etc. Bref, on en vient à trouver le livre long alors qu’il ne fait pas 150 pages.
    Le moins qu’on puisse dire est que l’emballement médiatique autour de ce bouquin a été démesuré ! Malheureusement, comme le souligne bien GV et en raison même de ces clichés qu’il brasse allègrement, « 14 » s’imposera certainement comme une référence romanesque sur la première guerre mondiale. En 125 pages qui condensent tout, c’est tout de même plus pratique à lire pour les écoliers que les classiques écrits par d’authentiques survivants (Chevallier, Barbusse, Remarque, Jünger…)…

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