Révolutions et élections

La barricade de la rue Soufflot, 24 juin 1848, par Horace Vernet

On cache beaucoup de choses aux Français en ces temps d’élection. Et par exemple la vraie nature du Front de gauche qui, au soulagement général des possédants, n’a pas fait le score attendu. Dieu merci, les médias ont veillé au grain. Ainsi, trois jours avant le premier tour, les honnêtes gens qui lisent Le Monde ont pu se féliciter de lire un courageux article dénonçant les références abjectes de M. Mélenchon. Que l’on y songe un peu, ce tribun rouge cite tranquillement Robespierre et Saint-Just, les « théoriciens de la Terreur » ! Et on laisse faire ça aujourd’hui, en plein XXIe siècle, à l’heure où le capitalisme a tant besoin d’être soutenu ! C’est écœurant.

De son côté, le « Petit Journal » de Canal +, toujours aussi impertinent, n’a pas manqué non plus de remarquer les drapeaux rouges de l’URSS qui flottaient lors de certains meetings de Jean-Luc Mélenchon. Et aussitôt d’en conclure qu’il y avait là de bien sinistres étendards qu’il eût mieux valu retirer comme Mme Le Pen dissimule ses nostalgiques de Vichy.

Mais puisque l’on parle de références révolutionnaires, voyons justement desquelles il s’agit lorsqu’elles sont utilisées par les deux principales formations de gauche, Front de Gauche et Parti Socialiste.

Chez M. Mélenchon, on n’y va pas par quatre chemins : on cite fièrement le Comité de salut public de 1793, la révolution ouvrière de juin 1848 et la Commune de 1871. Cela se passe de commentaire.

M. Hollande est plus ambigu. Tout en prenant des poses à la Jaurès, il prétend sans doute faire aussi bien en invoquant à son tour l’héritage révolutionnaire ; mais de quelles révolutions parle-t-il ?

De 1789 tout d’abord : on remarque qu’il s’agit là d’une référence bien plus paisible que 1793. Bien plus bourgeoise aussi. Il aurait pu, avec un peu d’audace, citer 1792 et la chute de la monarchie, mais non, il s’en tiendra à 89 et aux « grands principes », annonçant même être prêt à faire siéger l’Assemblée jusqu’au 4 août… Si ce n’est pas un clin d’œil révolutionnaire !

La seconde date invoquée est plus curieuse : 1830. Les Trois glorieuses, révolution ouvrière à son départ et bourgeoise à son arrivée, voilà qui découvre un peu plus son homme. Car veut-il nous faire croire que le roi des Français installé à cette occasion était bien préférable au roi de France qui le précédait sur le trône ? Que ce règne louis-philippard où prospérèrent comme jamais la Banque et la Finance qu’il entend combattre est une joyeuse référence à prendre en modèle ?

On tirera les conclusions qui s’imposent avec la troisième date citée par M. Hollande : 1848. Un point commun avec Mélenchon ? Certainement pas ! Il s’agit bien entendu de la révolution de février 1848, celle qui chassa Louis-Philippe pour installer au pouvoir une saine assemblée bourgeoise. Les complications intervenues ensuite par la faute de ces bruyants communistes à la tête desquels étaient Blanqui ou Barbès, voilà qui est nettement moins louable. Il va de soi que le Parti socialiste ne saurait accepter de pareils braillards et les périlleuses idées dont ils sont porteurs. D’ailleurs, quoi de moins étonnant de voir la Commune de Paris et ses 20 000 cadavres jetée aux oubliettes de la Hollandie ?

Décidément, l’Histoire nous renseigne mieux qu’un programme. Par ces références soi-disant révolutionnaires, M. Hollande montre à ses électeurs qu’il sera l’ami des honnêtes gens. Nous voilà soulagés.

K.

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3 commentaires pour Révolutions et élections

  1. Anonyme dit :

    Bel article. Ceci-dit, point n’est besoin de se pencher sur les références historiques de M. Hollande pour savoir qu’il est loin d’être un révolutionnaire… C’est d’ailleurs aussi vrai pour l’ex-camarade « Santerre », qui malgré ses références plus exagérées restera toujours un sénateur ventrue de la République, qui est toujours aussi bonne fille.

    • Nous sommes bien d’accord ! Disons qu’il est plaisant de constater que les références révolutionnaires de M. Hollande sont toutes très présentables.
      Quant à M. Mélenchon, alias Santerre, il traîne derrière lui un lourd passé de collaborateur servile de la politique socialiste, en tant que sénateur inamovible d’abord, en tant que ministre docile et inerte, ensuite. Il n’en reste pas moins qu’il a au moins le courage de revendiquer des références qu’on aurait pu croire bien enterrées…

  2. À propos de l’incapable Santerre, curieux surnom de M. Mélenchon du temps de son militantisme trotskiste, nous recommandons de relire notre article publié chez les Septembriseurs : http://lesseptembriseurs.blogspot.fr/2010/08/picpus-le-cimetiere-des-ci-devant.html

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