Comment le « Nouvel Obs » réinvente la publicité rédactionnelle

Dans son article intitulé : « Petits, mais costauds : la folie Folio 2 euros », Anne Crignon, du Nouvel Observateur, nous livre le cadeau d’anniversaire qu’elle a décidé d’offrir à Gallimard pour fêter les 10 ans de la collection Folio 2 euros.

Le principe est simple : vanter une idée originale, un succès foudroyant, une réussite autant littéraire qu’économique, et au passage cirer copieusement quelques pompes et jeter les concurrents aux oubliettes.

Voici comment la chose est présentée : avant, pour l’étudiant fauché, il y avait de petits livres de poche, forcément Folio, Madame Crignon ne connaissant apparemment pas d’autre maison, et forcément neufs (c’est un peu trivial de parler de livres d’occasion pour les pauvres quand on fête un anniversaire chez Gallimard, abstenons-nous).

« Et puis il arriva qu’un jour, chez Gallimard, un éditeur nommé Yvon Girard décida de faire de ce principe une ligne éditoriale : de grands auteurs à petits prix et petits textes. La série démarra avec l’euro en janvier 2002, par « Lettre au père », de Kafka, 96 pages. Succès immédiat. »

Ce brave Yvon qui, précise Anne, est depuis bras droit d’Antoine Gallimard (ça peut toujours servir), touché par la grâce, venait d’inventer une ligne éditoriale à lui tout seul, à moins qu’il n’ait fait que reprendre la bonne idée de Librio et de Mille et une nuits qui, depuis 1994 et 1993, publient sous cette forme de nombreux ouvrages avec des choix éditoriaux originaux. Malheureusement, on ne pourra pas compter sur Madame Crignon pour nous éclairer sur ce point.

Quand au « succès immédiat » et, aux 300 titres de la collection Folio 2 euros, Anne oublie que Librio compte 500 titres et Mille et une nuits à peu près autant… Mais, ça suffit, me direz-vous, ce n’est pas leur anniversaire à eux !

Et puis qu’importe si ces petits Folio 2 euros (contrairement aux Mille et une nuits par exemple) défigurent votre bibliothèque en affichant le prix sur le dos (mais aussi sur la couverture et la quatrième de couverture, c’est une si belle affaire !), car, parler d’argent ça ne se fait pas dans le monde de Madame Crignon, pas comme ces libraires qui : « s’agacent toutefois quand déferlent ces minilivres, car chaque ouvrage ne leur fait gagner qu’une vingtaine de centimes d’euro. D’autres sont des poètes, ils pensent que l’important, c’est de faire lire ».

Des libraires qui pensent gagner de l’argent en vendant des livres, quelle vulgarité (surtout si ça rogne les marges des éditeurs) ! Chez Gallimard on est poète et on n’a jamais aucun souci de la rentabilité. À se demander pourquoi, en vrai poète, Gallimard ne donne pas ses livres plutôt que de les vendre, mais c’est un autre débat.

Enfin, nous dit Madame Crignon avec gourmandise, Folio 2 euros, qui est une maison bien tenue, va désormais proposer des quizz littéraires pour les vacances, « du marketing au sens noble du terme » comme on dit chez Gallimard où on est poète.

Heureusement, qu’Anne est là pour rattraper le coup et préciser que contrairement à ce que l’on trouve dans ses articles : « l’offre est si variée que chaque lecteur y trouvera son bonheur ».

GV

Ps : signalons que Madame Crignon s’était déjà distinguée récemment en publiant dans le Nouvel Observateur un élogieux article d’une confrère du …Nouvel Observateur.

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Un commentaire pour Comment le « Nouvel Obs » réinvente la publicité rédactionnelle

  1. Anonyme dit :

    Pauvres éditions Mille et une nuits… Déjà qu’on leur a copié l’idée, voilà maintenant que d’autres se l’attribuent !

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