Le prophète Céline

Les plus ardents admirateurs de Louis-Ferdinand Céline soutiennent qu’il fut un grand prophète. Ce n’est pas que l’on veuille à tout prix contester ce titre, mais devant ce genre d’affirmation, on demande à voir. Or voici que lisant L’École des Cadavres, ce pamphlet antisémite de 1938 qui n’a pas été réédité depuis la guerre, nous sommes tombés sur un passage pour le moins troublant puisqu’il fut écrit deux ans avant l’inoubliable débâcle française de 1940 et le début véritable de la Seconde Guerre mondiale. Que l’on juge plutôt :

Presque tout est advenu à peu près selon les présages depuis l’Égypte… Rien à dire, l’un dans l’autre, dans l’ensemble, ça colle. Jusqu’en 1940, c’est bien comme ils avaient prévu. Mais où ça ne va plus du tout, où la machine à prédire déglingue, cafouille, foire, déconne horriblement, où les Mages les plus déliés, les plus diserts, les plus surhumains pataugent, louvoyent, se noyent en furieux pataquès, c’est quand ils arrivent aux abords de l’année 1940. Alors, ça va plus du tout. On les comprend plus. Leur charabia s’épaissit, c’est la nuit. C’est plus qu’un ergotage horrible dans les rangs magiques. Ils nous laissent en panne devant les abîmes. Même Nostradamus, le prodige des Vaticinants, le youtre que pas grand’chose démonte (il avait prédit les Saturnales 93, jour pour jour, 300 ans d’avance) s’interrompt, chipote, esquive, désiste, bouffe sa chique. Les plus suprêmes superconscients du bout des siècles se débalonnent aux abords 1940. Rien ne va plus dans l’extra-lucide. Tous les prémoniteurs s’étranglent. 1940 leur coupe le sifflet. L’au-delà 1940 pue les cataclysmes. Ça va trop mal pour qu’on en cause. Tous les voyants louchent ailleurs. Ils préfèrent. La mite les poisse… leur obstrue la divination… Ils se touchent… Ils tortillent… Ils refusent de remettre leurs besicles. La fête est finie.

L.-F. Céline, L’École des Cadavres, Denoël, 1938, p. 244-245.

Tout cela n’est pas sans rappeler la malheureuse prophétie d’un autre Mage, Monsieur Maurice Privat, qui, malgré les difficultés décrites par Céline, eut le grand mérite de tenter une prédiction dans son immortel ouvrage : 1940, année de grandeur française.

LJ

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